Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

puce_jaune.gif
Techniques culturales simplifiées : principes et intérêts

Le 17-06-2009 par F. Thomas - Revue TCS ( )

Aspects économiques, agronomiques et environnementaux

Simplifier le travail du sol, c'est premièrement pour l'agriculteur le moyen d'économiser du temps, du carburant, et surtout de rogner sur les charges de mécanisation. C'est également, dans un objectif à moyen et long terme, la capacité de retrouver une fertilité optimale de ses parcelles, notamment dans les zones de sols fragiles. Cette amélioration des conditions agronomiques permet de réduire le niveau de certains intrants, particulièrement la fertilisation, tout en sécurisant les rendements : un intérêt économique supplémentaire. Enfin, il est admis par de nombreux agronomes et chercheurs, qu'un sol qui fonctionne mieux limite très fortement les risques environnementaux pour le bénéfice de l'agriculture, mais également de l'ensemble de la société. Cependant, la mise en œuvre de la simplification du travail du sol, voire du semis direct qui est une forme ultime, demande une approche nouvelle, non seulement du travail du sol, mais de l'ensemble de l'agronomie en général. Qu'on se rassure, cette démarche ne fait pas appel à de nouvelles connaissances scientifiques, elle nous ramène simplement à l'observation, au bon sens agricole et surtout aux fondements de l'agronomie.

Approche marginale il y a quelques années, la simplification du travail du sol et le semis direct risquent d'être une orientation forte dans un futur proche. Aujourd'hui, toutes les conditions sont réunies pour que cette mutation de l'agriculture, cette véritable révolution verte, comme l'ont déjà entrepris d'autres pays, se mette en route en France. La pression économique et les exigences environnementales sans précédent sont de formidables moteurs. Par ailleurs, les connaissances agronomiques et l'expérience des pionniers font maintenant du non-labour une technique, bien que récente, relativement bien maîtrisée. Le semis direct associé aux couverts végétaux apparaissent, eux, comme des techniques prometteuses.

Penser système

Les TCS et le semis direct ne sont pas la juxtaposition d'une technique d'implantation par une autre technique plus économe, ou, a fortiori, le remplacement d'un train d'outils par un semoir de semis direct. Il s'agit en fait, pour que l'approche soit possible et fournisse avec le minimum de risque le maximum de bénéfice, de retrouver une approche systémique où l'homme (ses choix, ses contraintes, ses objectifs, son temps de travail), le sol (texture, structure, taux de matière organique, ...), le climat (pluviométrie, température, …), les plantes (espèces, rotations, couverts végétaux, ...), la technique (équipement, phytosanitaires, ...), mais également l'environnement (ruissellement, érosion, qualité de l'eau, ...) soient tous pris en considération, tout comme l'ensemble des interactions qui les unissent au sein d'une exploitation agricole. En d'autres termes, c'est une démarche quotidienne, l'intégration d'une forme de cercles vertueux, où l'on anticipe les difficultés éventuelles afin d'éviter tout dérapage et une gestion au coup par coup et dans l'urgence.

Intérêts des TCS : aspects économiques

La limitation du travail du sol entraîne automatiquement une diminution des passages, de l'usure des outils et des tracteurs, et dégage du temps pour l'agriculteur notamment lors des périodes de pointe de travail. Puisque que toutes les exploitations n'ont pas la même politique d'investissement et d'équipement, et que le coup d'un outil est plus souvent issu d'un calcul fiscal que d'une utilisation réelle, il est toujours difficile de faire des comparaisons. Cependant, il est possible d'utiliser des ratios synthétiques afin d'approcher cette dimension qui ne se fera ressentir sérieusement qu'au bout de certaines années (le tracteur faisant moins d'heures sera changé plus tard), comme le litrage de carburant consommé par ha. Pour une exploitation céréalière, il est en moyenne de 100 l/ha/an, alors qu'il peut descendre aux alentours de 75 l/ha/an en TCS et atteindre 50 l/ha/an en semis direct. Un litre/ha/an correspondant à une dépense globale de mécanisation de 3 à 4 €/ha/an, on mesure rapidement le potentiel d'économie de cette approche.

Intérêts des TCS : aspects agronomiques

Le labour est, avant toute chose, utile pour enfouir les résidus qui pourraient gêner les interventions ultérieures, les repousses et aussi une partie du stock semencier. On peut également attribuer au travail du sol la fonction de réparation de structure dégradée. Cependant, celui-ci n'aboutit jamais à une bonne structure mais tend à faire des mottes, des lissages ou de la poussière. C'est le temps et surtout l'activité biologique et les racines qui organisent le sol. De plus, tout travail du sol entraîne une rupture avec une zone plus compacte, juste en dessous de la zone travaillée (semelle), perturbant l'enracinement mais également la circulation de l'eau. En TCS, l'objectif n'est pas de supprimer le travail du sol mais d'intervenir le moins possible et judicieusement (réparation et fabrication du lit de semence), afin de redévelopper une continuité verticale, une architecture où les réseaux de canalisation créés par les racines et l'activité biologique permettent une bonne circulation de l'eau et de l'air, et surtout une utilisation de toute la profondeur du sol par les cultures.
Le travail intensif du sol entraîne également une érosion lente du taux de matière organique avec une altération, au cours des années, des propriétés physiques (battance, compaction), chimiques (fourniture d'éléments minéraux) et biologiques. Ainsi, le travail du sol, de plus en plus consommateur d'énergie, devient indispensable ; la capacité à stocker de l'eau chute ainsi que la fertilité. A l'inverse, la conservation d'un maximum de résidus en surface et la minimisation des interventions mécaniques permettent de recharger l'ensemble du profil en matière organique pour un meilleur équilibre et globalement une meilleure fertilité des sols..

Intérêts des TCS : aspects environnementaux

La battance, la réduction de l'infiltrabilité des sols, la compaction sont vecteurs de ruissellement, de transferts et d'érosion. Cette perte de potentiel, qui ruine progressivement les sols, est en aval également une source majeure de pollution de l'eau. Retrouver une continuité structurale avec une forte porosité est un moyen efficace de capter l'eau dans la parcelle, pour le bénéfice de la culture et de ralentir le transfert hors parcelles. De plus, un sol en place et enrichi en matière organique sera un bien meilleur filtre.

La rotation : sécuriser l’équilibre

Dans cette approche où les interdépendances sont fondamentales, la rotation, le choix des variétés sont également des critères importants. Il est ainsi possible, avec des enchaînements judicieux, de limiter les risques de parasites tout comme de transmission de maladie. La rotation est également un facteur prépondérant dans la réussite du désherbage : le salissement n'est pas géré que dans la culture, mais sur toute la succession. Ainsi, une rotation qui inclut des cultures d'hiver et des cultures de printemps offre plus de possibilités de contrôle qu'une rotation avec uniquement des semis d'automne, et a fortiori en monoculture. Enfin, la rotation est un moyen de répartir le risque économique, de niveler les pointes de travail et de dégager une efficacité maximum d'un niveau de mécanisation moyen.


Couverts végétaux et semis direct

Couverts végétaux : un outil complémentaire

La minimisation du travail du sol permet le retour de l'activité biologique et une réorganisation du sol. La plante est également un acteur majeur du développement de la structure et de la fertilité des sols. Les couverts végétaux peuvent donc être utilisés comme piège à azote bien sûr, mais dans leur action, ils participent également au recyclage de nombreux autres éléments, et surtout préservent et développent, en symbiose avec l'activité biologique, la structure du sol. Leur matière organique est ensuite une source d'énergie pour le sol mais également une contribution à la croissance du taux d'humus. Ils peuvent, dans certains cas, limiter le salissement des parcelles. Ils sont donc des compléments indispensables de toute rotation saine, et viennent s'inscrire dans les intercultures longues (entre céréales à paille et tournesol). Cependant, on découvre de plus en plus leur intérêt pour les intercultures courtes (entre un pois et un blé par exemple).
Outre les plantes classiques, comme la moutarde, la phacélie, le radis ou le seigle, de nouvelles plantes semblent trouver leur place dans ce domaine où l'on utilise de plus en plus de l'avoine, du colza, de la vesce, du trèfle incarnat du sarrasin voire du tournesol. Les mélanges de différentes espèces sont également de plus en plus pratiqué pour associer les avantages des différentes plantes.
Enfin un couvert végétal doit être considéré comme une culture et géré comme tel, afin d'avoir un retour maximum sur investissement et limiter les soucis annexes. L'implantation doit être de qualité et homogène. Il ne faut pas attendre trop pour sa destruction sous peine de carence en azote sur la culture suivante ou épuisement des réserves en eau. Pour les couverts d'hiver, la date de la destruction, qui peut être mécanique ou chimique, est à caler en fonction de la profondeur du sol, de la capacité de pompage du couvert et de la pluviométrie potentielle sur la période qui suit.

Le semis direct sous couvert : une approche ultime

Au vu des bénéfices du semis direct et des couverts végétaux, certains agriculteurs, sous l'influence des pays d'Amérique latine intensifient la démarche en systématisant la pratique des couverts. Cette approche récente sous nos climats, outre réduire encore plus les coûts de mécanisation et les intrants à terme, nécessite cependant quelques calages. Dans cette démarche, le couvert devient véritablement le précédent de la culture et le choix de l'espèce peut avoir un impact important sur le parasitisme, l'enherbement potentiel voire la fertilité du sol. Plus facile à mettre en place avant les cultures d'automne, cette technique limite le réchauffement du sol au printemps ce qui peut influer sur les dynamiques de levée, la vitesse du développement végétatif précoce voire sur les attaques de limaces. De nouvelles techniques comme le strip-till (micro-billonnage), une meilleure connaissance de l'impact agronomique des plantes (allélopathie, parasitisme, maladies, désherbage,…), la constitution de rotations positives voire la réintroduction de la double culture, vont peut-être apporter des solutions nouvelles et permettre l'extension de ces techniques.